HISTORIQUE
Ses débuts
Le Souvenir Français a ses racines en Alsace et en Lorraine occupées où, en 1872, M. NIESSEN, professeur alsacien, contesta le mauvais entretien des tombes des soldats français et décida d'y remédier.
En 1887, à Neuilly-sur-Seine, il créa notre association, qui fut reconnue d'utilité publique en 1906, et dont la mission essentielle était d'entretenir les sépultures de tous ceux qui étaient tombés pour la défense de la patrie.
En fondant notre association, M.NIESSEN pensait surtout aux morts de 1870-1871; car il voulait que, sous le couvert du culte de ces morts, le Souvenir Français s'efforçât de maintenir et de développer le souvenir de la France en Alsace et en Lorraine et celui de l'Alsace et de la Lorraine en France.
Dès 1889, le Souvenir Français s'occupa des tombes de ceux qui reposaient sur le sol de France et à l'étranger, comme le tombeau de Waterloo, les sépultures des marins tombés aux Pescadores, à l'île de Cabrera et il éleva, dans le monde, plusieurs monuments commémoratifs.
En 1907, alors que des groupements existaient dans quatre-vingt-un départements, un comité se forma en Lorraine dont M. Jean fut l'âme.
Le "Souvenir Français"
en Alsace et en Lorraine avant 1914
Depuis 1870, une pieuse coutume s'était établie dans de nombreuses localités de nos deux provinces annexées : le jour des morts, les jeunes filles, en vêtements traditionnels de fête, fleurissaient les tombes militaires de leur commune, en glissant furtivement sur les tombes françaises une cocarde tricolore, témoignage de leur souvenir et de leur espérance.
Le même sentiment avait guidé les "Dames de Metz" qui, après avoir montré leur dévouement dans les ambulances de la grande cité lorraine, avaient ensuite dominé les craintes et vaincu les obstacles pour entretenir dignement les tombes militaires françaises du cimetière de Chambières et faire célébrer chaque année, dans le recueillement, un service solennel à la mémoire des soldats de France.
Aussi, lorsque M. Jean, fils et petit-fils de soldats français, créa à Vallières, petit village de Moselle, le comité messin du Souvenir Français, put-il, par son dynamisme et sa ténacité, remuer le pays, recueillir l'obole de tous les Lorrains annexés, du plus pauvre au plus riche, dans les cinq cents communes du département, gagner ensuite l'Alsace à son mouvement généreux, y faire participer la France, ses villes, ses régiments, enfin vaincre toutes les oppositions allemandes. Il réussit ainsi à faire ériger et solennellement inaugurer, le 8 octobre 1908, sur le plateau de Noisseville, aux environs de Metz, sous les plis du drapeau tricolore, en présence de plus de cent vingt mille personnes, un monument consacré aux "Soldats Français tombés glorieusement au Champ d'Honneur".
L'élan donné en Moselle ne tarda pas à faire naître une aussi éclatante et touchante manifestation en Alsace où, le 17 octobre 1909, le monument national de Wissembourg était inauguré sur le Geissberg, au chant de la Marseillaise : le Coq Gaulois s'y dressait fièrement.
Plus de quatre cents communes d'Alsace avaient pris part à la souscription organisée par l'Alsacien Spinner, de Wissembourg. En présence de quatre-vingt mille personnes, l'Alsace avait ainsi généreusement célébré le culte de la Patrie, honoré la mémoire de ses enfants tombés pour sa défense en 1705-1706, sous le Maréchal de Villars, en 1793, sous le Général Hoche, en 1870, avec le Général Abel Douay.
Mais ces manifestations ouvrirent les yeux des Allemands qui croyaient que l'amour de la France était à jamais mort dans les cœurs lorrains et alsaciens. Ils déplacèrent le Statthalter d'Alsace-Lorraine et résolurent de mettre un frein à la propagande française faite par notre association. Ils interdirent les manifestations du Souvenir Français et, en janvier 1913, ils prononcèrent sa dissolution. Dès le début de la guerre, en 1914, les membres des comités d'Alsace et de Lorraine furent pour la plupart incarcérés ou dispersés dans les restes de l'Allemagne.
La guerre de 1914-1918
La guerre de 1914-1918 apporta bien des perturbations dans nos comités du fait même de l'appel sous les drapeaux d'un grand nombre de leurs animateurs. Mais bientôt les femmes, les jeunes gens s'efforcèrent de remplacer les absents. Toutefois, l'invasion entraîna la disparition de cent cinquante comités, souvent les plus importants. Dès 1915, quarante-trois nouveaux comités furent crées; d'autres accrurent le nombre de leurs adhérents et l'importance de leurs ressources. L'effort ainsi réalisé permit, durant la première partie des hostilités, la création de plus de deux cents cimetières militaires, l'organisation de trois cent cinquante pèlerinages patriotiques et l'édification de cinquante monuments funéraires.
Nos hommages s'étendirent également aux tombes des soldats britanniques, tandis que nos alliés belges fondèrent, sous le vocable de notre devise : "A nous le Souvenir, à eux l'Immortalité", une association sœur de la nôtre.
Notre empire colonial (Afrique du Nord, Afrique Noire, Madagascar, Indochine, Antilles Pacifique) s'associa à l'effort de la Métropole, pendant qu'à l'étranger, en Suisse, en Egypte, en Grèce, en Italie, en Russie, des groupements du Souvenir Français se constituaient et y déployaient une grande activité.
La Victoire, consacrée par l'Armistice du 11 novembre 1918, accrut la tâche de notre association. Aux 88 000 tombes de la guerre de 1870-1871 vinrent s'ajouter celles des 1 700 000 morts au Champ d'Honneur ou décédés dans les hôpitaux des suites de leurs blessures.
De 1918 à 1939
En raison de l'amplitude des charges à assumer, l'Etat ne tarda pas à apporter à notre association la puissance de son concours moral et financier. Par la loi du 31 juillet 1920, le Service National des Sépultures, crée au Ministère des Pensions (aujourd'hui Secrétariat d'Etat chargé des Anciens Combattants) prit complètement à sa charge les cimetières militaires, dits cimetières nationaux, de l'ancienne zone des armées. A l'intérieur, ce soin fut confié soit aux municipalités, soit, le plus souvent, sur la demande de ces dernières, au Souvenir Français qui recevait une très modeste subvention d'entretien.
En outre, le Souvenir Français continua à assumer la conservation des grands mausolées, cénotaphes, ossuaires qu'il avait fait édifier ou qui lui avait été remis.
1939-1945
En 1939, lorsque la guerre éclata de nouveau, nos comités, conformément aux directives qui leur furent données, continuèrent et intensifièrent leurs activités.
Pendant l'invasion de notre territoire, cette activité se trouvera, par la force même des choses, réduite à néant.
Aussitôt après l'armistice, suivant les instructions données par le siège, nos différents représentants recherchèrent toutes les sépultures et entretinrent sans plus attendre celles d'entre elles qui étaient délaissées.
Les listes de toutes les tombes retrouvées furent envoyées au siège social; celui-ci constitua un fichier qui lui permit, en agissant en liaison étroite et permanente avec le Centre National d'Informations sur les Prisonniers de Guerre, de donner rapidement des renseignements aux familles à la recherche de ceux des leurs dont elles étaient sans nouvelles. Ce fichier comprit bientôt plus de 80 000 noms. En même temps, des représentants de comités, d'accord avec le Secrétariat aux Anciens Combattants, assistaient aux exhumations, aux identifications des corps et à leur transfert dans les cimetières communaux. Pour remplir ces différentes missions, on s'efforça de placer à la tête de chaque département un délégué général qui devait constituer au moins un comité dans chacun des cantons de son département.
Après l'Armistice de Juin 1940, nombreux furent les français, victimes de l'occupant et des bombardements aériens de l'aviation alliée. A leurs tombes s'ajoutent celles des soldats et des résistants qui payèrent de leur vie la libération du Territoire.
De 1945 à nos jours
La cessation des hostilités de la deuxième guerre mondiale ne marqua pas la fin des combats pour l'Armée française. L'aspiration générale à l'indépendance née chez les peuples associés aux grandes puissances durant le conflit, aboutit à travers le monde à nombre d'affrontements douloureux.
C'est ainsi que la France fut entraînée dans la guerre d'Indochine qui, du 19 décembre 1946 au 21 juillet 1954, causa la mort de plus de 100 000 de ses soldats.
Dans la même période, des unités françaises furent engagées sur des théâtres d'opérations extérieurs à Madagascar, en Corée, en Tunisie, au Maroc.
Novembre 1954 marqua, en Algérie, le début d'actions diverses qui s'étendirent rapidement à tout le territoire et conduisirent la Métropole à engager des forces de plus en plus nombreuses. Les opérations qui ne prirent fin qu'en 1962 et coûtèrent plus de 25 000 morts du côté français.
A ces pertes sont à ajouter celles des soldats tombés plus récemment, en Afrique Noire et au Liban ainsi que de celles, lors d'interventions militaires qui répondent aux obligations internationales de la France.
L'œuvre matérielle et morale
L'œuvre matérielle du Souvenir Français n'est que la manifestation tangible de notre reconnaissance envers tous ceux qui sont morts pour que la France vive, donnant ainsi le plus bel exemple de solidarité nationale qui puisse exister. Le sentiment du devoir, l'esprit de sacrifice, l'amour passionné de la Patrie qui les animaient tracent au Souvenir Français la tâche qui lui incombe.
Depuis la Libération, le Souvenir Français a pu reprendre au grand jour son activité qui, pendant l'occupation allemande, était limitée aux cérémonies religieuses et à l'entretien des tombes. Il s'efforce de pénétrer dans les divers milieux de la jeunesse, secondé par les autorités civiles et religieuses et par les membres des divers corps enseignants. Aussi, de nombreux comités comptent-ils déjà un grand nombre de jeunes adhérents, garçons et filles.
Telles sont les missions d'ordre matériel et d'ordre moral que le Souvenir Français s'est données et que depuis 1919, il n'a cessé de remplir.
Développement et extension du Souvenir Français
Avant la dernière guerre, le Souvenir Français a vu son rayonnement s'étendre particulièrement dans les régions du Nord, de l'Est et du Sud-est, ainsi que dans l'Orléanais, en Bretagne et en Normandie. Au 1er janvier 1939, notre association comptait 100 000 membres.
L'occupation de l'Alsace et de la Lorraine par les Allemands, qui s'emparèrent des fonds et des archives de nos comités et qui arrêtèrent et déportèrent la plupart de leurs membres, nous priva brusquement de près de 43 000 membres (dont 26 915 pour le seul département de la Moselle).
Mais, depuis l'Armistice de juin 1940, l'effort de nos délégués généraux et de nos présidents de comité s'est poursuivi et très souvent intensifié, malgré les difficultés résultant de l'occupation; aussi cette perte, à laquelle il faut ajouter les décès, a-t-elle été comblée et, au 1er janvier 1944, nos effectifs atteignaient déjà 120 000 membres. Ils ont considérablement augmenté depuis cette date; ils sont aujourd'hui 300 000 environ.
Hors de France, le Souvenir Français n'est pas resté inactif, et il s'est d'abord efforcé de maintenir, sur la terre étrangère, le souvenir de tous ceux qui sont tombés pour la France. En étroite collaboration avec les ambassades, ses délégués généraux – il y en a dans près de 60 pays – perpétuent leur souvenir par des cérémonies, par exemple à l'occasion du 11 Novembre, et assurent à leurs tombes un entretien digne de leur sacrifice.
Conclusion
Le Souvenir Français, placé statutairement en dehors et au-dessus de toute préoccupation politique ou confessionnelle et jouissant de la personnalité civile est, par son caractère national et par son passé, tout naturellement désigné pour compléter et prolonger l'action officielle en apportant aux municipalités et aux familles qui peuvent s'éloigner, se disperser ou s'éteindre, une collaboration matérielle et morale fervente, continue et désintéressée.
Le Souvenir Français, œuvre inspiratrice d'énergie morale et de solidarité, permet à tous les Français, pauvres et riches, hommes, femmes et enfants, de s'associer dans l’hommage, si modeste soit-il, de gratitude personnelle à la mémoire des "Morts pour la France".
Autour de lui, dans ses divers groupements peuvent s'unir les familles endeuillées et les camarades de combat, les compatriotes et amis de nos morts, tous les cœurs généreux et reconnaissants plus ou moins éprouvés par la guerre dans leurs plus chères affections.
Grâce au redoublement d'activité et de prosélytisme de tous ses collaborateurs sur tout le territoire de la métropole et des départements d'outre-mer et à l'étranger, le Souvenir Français fait face noblement et généreusement à ses pieuses missions. Il conserve, en les intensifiant, tout son rayonnement et tout son éclat à la flamme du souvenir et de la reconnaissance.
En adhérant au Souvenir Français, vous manifesterez votre fidélité à la mémoire de ceux qui sont morts pour la France et vous exprimerez votre désir de maintenir la civilisation de votre pays.
Maurice Bristiel 06 07 52 89 39